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Le blog de Paul Tian

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"Qui n’a pas quitté son pays est plein de préjugés"


Quiz : questions à Christian Louis, auteur Commingeois

Publié par Paul Tian sur 13 Mai 2020, 17:06pm

Catégories : #quiz, #Christian Louis, #écrivain, #culture, #polar, #Comminges, #Pyrénées, #Luchon

Christian Louis lors d'un salon du livre (photo Facebook)

Christian Louis lors d'un salon du livre (photo Facebook)

Cinq écrivains commingeois se sont prêtés au jeu du Quiz... et gageure, à aucun moment il n'est question de coronavirus, de confinement ou de déconfinement !

Après Guy Mothe (cliquez ici) et Vincent Martorell (cliquez ici), voici les réponse de Christian Louis, auteur Commingeois, dont son dernier "polar"  "Balade mortelle dans les Pyrénées" vient d'être publié par TDO Editions.

 

Quand écrivez-vous ?

 

Depuis que j'ai pris ma retraite de professeur en septembre, j'ai changé mes habitudes. J'écris surtout le matin. Quelques feuillets puis des relectures successives pour afiner, changer des mots, modifier le rythme et la sonorité de la phrase. Ajouter et retrancher.

L'écriture dépend aussi du récit qui s'élabore. Dans le roman que j'écris actuellement, mon personnage participe à un banquet. Que mangeait-on à l'époque dans une famille noble ? Et comment ces mets étaient-ils fabriqués en office ? J'interromps donc mon récit pour une recherche documentaire.   


Pour qui écrivez-vous ?

 

La question n'est pas aisée. Je suis comme le conteur à la veillée. J'aime faire plaisir au lecteur, d'abord. Les succès de mes derniers romans ainsi que les nombreuses rencontres avec le public sortant de son anonymat m'incitent plus encore à renforcer ce qu'il me dit, avec une gentillesse touchante. Je pense donc à certains visages, certaines rencontres et je me dis que j'écris pour cette femme ou pour cet homme, un peu comme on cherche le cadeau qui convient.

 

J'écris aussi pour moi. L'écriture est un plaisir incommensurable. On fait naitre des personnages. On invente leur vie. On imagine des situations. Il n'existe aucune limite matérielle. Je suis plongé dans un film dont je dirige le devenir de l'action. Quelques fois, le personnage inventé m'impose des logiques que je m'amuse à suivre. Tout ceci ressemble au plaisir du gamin qui joue.  

 

Pourquoi écrivez-vous ?

 

D'abord, donc, le plaisir. L'aspect ludique de l'entreprise a quelque chose à voir avec le bonheur de mon enfance qui fut heureuse et que je prolonge ainsi. Tout jeune, je fabriquais des maquettes de livres en collant des pages. Ensuite, il fallait bien les remplir. Donc, écrire et dessiner les illustrations. Je me disais alors qu'un jour, j'écrirais un vrai livre que l'on trouvera dans la vitrine d'un libraire. 

Mon premier livre publié date de 1978. Depuis, après plus de 60 ouvrages édités, mon plaisir est intact.


Grignotez-vous, fumez-vous; buvez-vous quand vous écrivez ?

 

Je suis non fumeur actif. J'ai grillé un paquet de cigarettes en entier vers l'âge de 15 ans, en vacances dans un village de montagne. Chacun devait apporter un paquet. Nous nous sommes retrouvés le soir tombant, sur les hauteurs, à échanger nos clopes "empruntées" à nos grands-pères, les seuls à fumer. Cigarette sur cigarette au tabac puissant, la finissante allumant la suivante. Nous avons été malades. La soirée s'est terminée autour du lavoir, près du ruisseau. J'ai gardé le souvenir de cette horreur définitivement. L'odeur du tabac m'insupporte.  

Je ne bois que très peu d'alcool. Un très vieux Bordeaux de notre cave quelques fois, mais c'est rare. Jamais d'apéro. Nous ne sommes pas adepte de ce rituel. La convivialité entre amis a d'autres ressources.


Agacez-vous votre entourage quand vous écrivez ?

 

L'écriture demande du calme. Un jour ma fille alors petite m'a dit qu'elle avait envie que j'arrête d'écrire des livres. Nous étions dans la même maison mais pour elle, j'étais absent, enfermé dans mon bureau. Mon fils, très calme et très autonome ne semblait pas agacé comme elle. 

Mon épouse est musicienne, en plus de son travail. Elle joue du piano, et, depuis peu, des flûtes les plus diverses, ainsi que la cabrette et sa sonorité puissante à vous réveiller un mort.

Nous avons une gestion de notre auto-confinement dans la maison de façon à ne pas nous déranger mutuellement. Cela ne date pas du virus, mais constitue notre mode de vie. Nos deux pratiques installent un climat de douceur dans la maison. Nous savons organiser nos solitudes provisoires indispensables à la création.

Je pense que derrière l'auteur, ou plutôt à côté, il existe un compagnon ou une compagne qui, par son attitude, aide à produire un climat propice à la création.

 


Quelle est la principale qualité familiale dont vous avez hérité ?

 

J'ai hérité du plaisir de raconter des histoires. Ma grand-mère, à la mémoire extraordinaire, pouvait retracer la passé du village dans ses moindres détails. Mon père a hérité de ce talent. Un fameux conteur lui aussi comme ma mère et mon grand-père maternel. Mon grand-père paternel était un géant impressionnant. Il nous prenait mon frère et moi sur ses genoux, au coin du feu. Il nous racontait des histoires qui nous hypnotisaient. Plus tard, je compris qu'il s'inspirait du Roman de Renard qu'il situait dans les hameaux du village, et qu'il illustrait en nous montrant les dessins de Benjamin Rabier dans un album de Gédéon le canard.

Il ne se passait pas de repas de famille sans que le flots des anecdotes ne le colore d'humour.

Pendant des années, mes deux enfants ont entendu tous les soirs pour s'endormir des histoires que j'improvisais à partir d'animaux parlant: renard, chien, corbeau, loup,chat...  

La deuxième qualité qui me vient d'eux, certainement, c'est la mémoire des moindres détails.

Il y a aussi les questions d'éthiques laïque qui nous ont été inculquées. L'injustice nous trouble toujours autant. Nous avons la passion du débat sur les faits de société.

Mais le fait marquant est certainement la présence des livres. 

 
Quel est le principal défaut dont vous avez hérité ?

 

On idéalise ses parents lorsqu'on les admire, et que l'on mesure ce qu'ils ont fait pour vous offrir une belle enfance, pour vous donner les bases, les fondations en les orientant sur des valeurs humanistes, l'honnêteté, le travail, avant l'envol vers l'indépendance.

Je pense avoir fabriqué tout seul mes principaux défauts. Le plus significatif est une certaine confiance en moi et la naïveté de croire faire plaisir à exprimer mon bonheur. Un défaut qui vous offre qu'elles claques en retour. J'ai du mal à faire semblant d'être malheureux.   


Ecoutez-vous de la musique quand vous écrivez ?

 

Pas toujours. J'aime la puissance du silence qui s'offre comme une page blanche. Il m'offre une fuite du temps.

Le silence est une valeur qui se redécouvre actuellement. Il inquiète certains qui en ont peur. En réalité, il n'existe pas. Il survient toujours un petit bruit, au pire sa respiration. Le seul véritable silence que j'ai rencontré dormait dans le désert de sable et de dunes.

Près de ma forêt, la musique de la nature m'offre un plaisir subtile. Chants d'oiseaux, cloches de l'église du village au loin, un mouton qui bêle, des poules en disputes. Les merles, les mésanges.   

Lorsque j'en écoute, j'ai une préférence pour Bach, Vivaldi, Debussy, Eric Sati, Mozart, Beethoven, Arvo Part, Steve Reich, Philip Glass, la liste est longue. La musique est choisie en fonction de ce que j'écris. Elle peut suggérer un climat. 

 

Quelle est votre phrase préférée ?

 

Je n'ai pas de phrase préférée. J'en relève souvent dans mes lectures. Une collection s'élabore ainsi. Ce que j'affectionne, c'est la phrase qui vous arrête en plein vol, vous inocule une avalanche de questions, et vous oblige à la pause critique. J'aime la philosophie. Elle nous invite à questionner le monde, à chercher la vérité derrière le masque des apparences. Il est des phrases qui vous tendent la main pour vous inviter à ce chemin de liberté. 

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