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Le blog de Paul Tian

Le blog de Paul Tian

"L'éternité c'est la mer mêlée au soleil" (Arthur Rimbaud)


Sur la route...

Publié par Paul Tian sur 1 Juin 2018, 08:03am

Catégories : #voyage, #sur la route, #absence, #europe, #vidéo, #photo, #Bernard Lavillers, #matin, #Emile Verhaeren, #goldman

Sur la route...

On m'a toujours expliqué que les voyages formaient la jeunesse et que voyager nourrissait l'esprit. Arrivé à un âge certain (oui, oui), il est bon de croire toujours à ces proverbes populaires et surtout ne pas se laisser divertir par ceux qui clament "Pierre qui roule n'amasse pas mousse" ou encore "on ne gagne pas beaucoup à courir le monde".

Mais je reste persuadé que :

Celui qui ne voyage pas ne connaît pas la valeur des hommes

Dès le matin, par mes grand’routes coutumières
Qui traversent champs et vergers,
Je suis parti clair et léger,
Le corps enveloppé de vent et de lumière.

 

Je vais, je ne sais où. Je vais, je suis heureux ;
C’est fête et joie en ma poitrine ;
Que m’importent droits et doctrines,
Le caillou sonne et luit sous mes talons poudreux ;

 

Je marche avec l’orgueil d’aimer l’air et la terre,
D’être immense et d’être fou
Et de mêler le monde et tout
A cet enivrement de vie élémentaire.

 

Oh ! les pas voyageurs et clairs des anciens dieux !
Je m’enfouis dans l’herbe sombre
Où les chênes versent leurs ombres
Et je baise les fleurs sur leurs bouches de feu.

 

Les bras fluides et doux des rivières m’accueillent ;
Je me repose et je repars,
Avec mon guide : le hasard,
Par des sentiers sous bois dont je mâche les feuilles.

 

Il me semble jusqu’à ce jour n’avoir vécu
Que pour mourir et non pour vivre :
Oh ! quels tombeaux creusent les livres
Et que de fronts armés y descendent vaincus !

 

Dites, est-il vrai qu’hier il existât des choses,
Et que des yeux quotidiens
Aient regardé, avant les miens,
Se pavoiser les fruits et s’exalter les roses !

 

Pour la première fois, je vois les vents vermeils
Briller dans la mer des branchages,
Mon âme humaine n’a point d’âge ;
Tout est jeune, tout est nouveau sous le soleil.

 

J’aime mes yeux, mes bras, mes mains, ma chair, mon torse
Et mes cheveux amples et blonds
Et je voudrais, par mes poumons,
Boire l’espace entier pour en gonfler ma force.

 

Oh ! ces marches à travers bois, plaines, fossés,
Où l’être chante et pleure et crie
Et se dépense avec furie
Et s’enivre de soi ainsi qu’un insensé !

 

"Un matin" Emile Verhaeren

 

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