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Le blog de Paul Tian

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"L'éternité c'est la mer mêlée au soleil" (Arthur Rimbaud)


Pyrénées : à Cauterets, le lac de Gaube, ce jeudi matin....

Publié par Paul Tian sur 15 Avril 2021, 08:15am

Catégories : #Pyrénées, #Cauterets, #lac de gaube, #Gaube, #webcam, #clin d'oeil, #Charles Baudelaire, #bicentenaire, #poésie

Pyrénées : à Cauterets, le lac de Gaube, ce jeudi matin....

"Charles Baudelaire, en 1838, est âgé de dix-sept ans. Fin août 1838, avant sa rentrée en classe de Philosophie à Louis-le-Grand, il part en diligence rejoindre, via Toulouse, Caroline Dufaÿs, sa mère, et Jacques Aupick, son beau-père, à Barèges. Il y passe "quinze jours à courir à pied, à cheval", jusqu'à Bagnères-de-Bigorre. En octobre 1838, il évoque ses impressions des Pyrénées dans une lettre adressée à son frère Alphonse, et il compose le poème reproduit ci-dessous. Recueilli par les éditeurs après la mort de l'écrivain, ce poème, initialement non titré, se trouve parfois proposé sous le titre, bien mal inspiré, de Incompatibilité".

(Christine Belcikowski)

Incompatibilité

Tout là-haut, tout là-haut, loin de la route sûre,
Des fermes, des vallons, par delà les coteaux,
Par delà les forêts, les tapis de verdure,
Loin des derniers gazons foulés par les troupeaux,

On rencontre un lac sombre encaissé dans l’abîme
Que forment quelques pics désolés et neigeux ;
L’eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime,
Et n’interrompt jamais son silence orageux.

Dans ce morne désert, à l’oreille incertaine
Arrivent par moments des bruits faibles et longs,
Et des échos plus morts que la cloche lointaine
D’une vache qui paît aux penchants des vallons.

Sur ces monts où le vent efface tout vestige,
Ces glaciers pailletés qu’allume le soleil,
Sur ces rochers altiers où guette le vertige,
Dans ce lac où le soir mire son teint vermeil,

Sous mes pieds, sur ma tête et partout, le silence,
Le silence qui fait qu’on voudrait se sauver,
Le silence éternel et la montagne immense,
Car l’air est immobile et tout semble rêver.

On dirait que le ciel, en cette solitude,
Se contemple dans l’onde, et que ces monts, là-bas,
Écoutent, recueillis, dans leur grave attitude,
Un mystère divin que l’homme n’entend pas.

Et lorsque par hasard une nuée errante
Assombrit dans son vol le lac silencieux,
On croirait voir la robe ou l’ombre transparente
D’un esprit qui voyage et passe dans les cieux.

Charles Baudelaire

Recueil : "Poèmes divers"

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