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Le blog de Paul Tian

Le blog de Paul Tian

"Le menteur évoque souvent l'amnésie pour ignorer la vérité"


L'entretien du jour : l’aquarelliste luchonnais Daniel Estrade a pris ses quartiers d’hiver

Publié par Paul Tian sur 14 Décembre 2021, 11:58am

Catégories : #culture, #Daniel Estrade, #aquarelliste, #graveur, #artiste, #Luchon, #Pyrénées, #interview, #Paris, #crise sanitaire, #occitanie

La semaine dernière c'est le président de la société de pêche "La Truite Luchonnaise" qui répondait à mes questions (lire ici).

Aujourd'hui, c'est l'artiste-peintre qui s'exprime sur mon blog. 

Ce n'est pas la première fois que je l'écris, ni la dernière, mais j'espère que l'aquarelliste/graveur Daniel Estrade, reconnu au niveau national, aura un jour les "honneurs" de sa ville natale, même si je sais que Daniel n'apprécie guère ce terme "d'honneur"...

Quel impact a la crise sanitaire depuis près de deux ans sur votre travail d'artiste ?

Aucun, si ce n’est la fuite de mes élèves suite à la pandémie. Je suis un privilégié. J’ai un atelier, je vis à Luchon au milieu des montagnes, je peins, je jardine et j’ai pu circuler librement pendant les périodes de confinement. Plus besoin d’embrasser ou de serrer des mains, plus de sillage d’avion dans le ciel, plus de bruit de moteur dans la ville hormis celui de mon scooter, plus de cyclisme ni de football à la télé. Le rêve.

En revanche beaucoup d’artistes toutes expressions confondues ont souffert de cette crise.

J’en veux pour preuve les propos acerbes de Christine Sourgins publiés par la revue "Artension" en avril dernier. L’article s’intitulait L’art du confinement :

"Pour les peintres et les sculpteurs, s’il n’y avait pas les expos en cours et les projets annulés, et surtout l’angoisse du lendemain, le confinement en atelier serait un temps de réflexion, un havre de paix propice à la création. Les artistes officiels ont, quant à eux, moins de soucis financiers, mais les temps sont durs pour l’art dit contemporain, 'transgressif et militant'…"

Quand cette journaliste parle de temps difficiles pour les artistes officiels, elle fait allusion aux artistes contemporains qui pratiquent une activité lucrative qui se veut subversive et transgressive mais ne l’est pas puisqu’elle est subventionnée par le ministère de la Culture.

On ne peut pas faire la révolution dans les couloirs du palais Beauvau.

Effectivement, on a momentanément coupé le robinet des euros a ces artistes officiels. Et c’est tant mieux. J’invite ceux qui voudraient en savoir plus sur la grande arnaque de l’Art Contemporain à lire les rubriques de Nicole Esterolle (cliquez ici) laquelle vilipende régulièrement tous les artistes imposteurs gavés de subventions et surévalués qui sévissent aujourd’hui.

Que restera t-il dans 20 ans du vagin de la Reine ou des aspirateurs dans les vitrines de Versailles ?

Queudalle. Et de tout ce "bordell"? Voir sur le net le récit édifiant des femmes de ménage du Muséion de Bolzano au nord-est de l’Italie.

L’urinoir duchampien était subversif  il y a 100 ans (100 ans !).

Il ne l’est plus aujourd’hui, mais les arrière-petits-fils du dadaïste reconduisent sempiternellement sa Geste au sein de la maison mère, l’Institution.

Et quand la cote de Warhol baisse, les émirats arabes injectent des millions de pétrodollars dans la pompe à fric de l’art planétaire pour qu’elle regrimpe, la cote,  et "seringuent" ainsi leurs collections.

Ce souvient-on de Joseph Beuys ?

En 1987, on pouvait lire au frontispice de la foire de Francfort lors de l’hommage rendu à l’artiste : "Kunst=Kapital".

La peinture, réduite à la portion congrue, ne peut plus lutter. Bien des galiéristes des années 2000 ont jeté l’éponge. Et nous les peintres, nous avons disparu du marché. 

Et si vous parlez de mon travail d’artiste, pas celui de sa commercialisation, de sa rentabilité immédiate, mais de sa genèse "alchimique", je dis non encore.

Quand bien même le ciel  me tomberait sur la tête, et il ne va pas nous tomber sur la tête, je persévérerais dans ma voie qui est celle de l’intériorité et de la spiritualité. Pour moi, intériorité veut dire travailler dans le royaume de la nuit, capter des lumières, des vertiges, recréer des corps, incarner, œuvrer au creuset, Je sonde le corps, le vrai, l’invisible, pas celui des scanners et des IRM, l’un des derniers territoires que se doit d’explorer la peinture.

Pour que l’on comprenne ce que j’entends par spiritualité, je souhaite évoquer ici la figure d’Henri Michaux, peintre et poète.

Sa vaste entreprise expérimentale est longtemps restée confidentielle même si elle fut publiée par Gallimard. Je citerai "L’infini turbulent" ou "Misérable miracle"ouvrages-phare aux titres évocateurs.

Henri Michaux a peint des aquarelles inouïes : c’est la montée des êtres fantomatiques, des "devenants" dans la lumière. Intimité et création : aquarelles et dessins mescaliniens. Voilà un corpus spirituel non religieux qui sonde les abysses et nous parle entre-autre d’états modifiés de la conscience. Un immense brassage pendulaire. On n’est pas ici dans le théologique, les burettes et le goupillon.

Voilà ce dont nous avons besoin aujourd’hui, et peu importe le médium tandis qu’il ouvre sur le sacré.

Mais où sont les artistes de cette trempe ?

S’ils existent, je souhaiterais les rencontrer. Anselm Kiefer et Fabienne Verdier sont vivants. 

On nous promet une catastrophe planétaire. Dès mes 18 ans, je m’y suis préparé, je suis blindé. J’ai été le lecteur des penseurs du 19e siècle qui avaient programmé la chute. Et de René Guénon, de Rimbaud, des poètes du Grand Jeu, des dadaïstes, de tous les"ismes", et d’Artaud, surtout d’Artaud, le grand "flamminaire"de l’Infini, qui m’ont préparé un bon rempart pour goûter aujourd’hui les prémisses du Kali-Yuga, la Covid-19 n’étant qu’un "vaste épiphénomène"dans un monde qui pullule de vices et de maladies depuis la carie dentaire de Néandertal et la peste noire de 1347.

"Le Mal court", toujours. 

Ce n’est pas ce monde qui me désole, c’est son manque d’intériorité, son dégoût répulsif du religieux (religare, relier). Paraphrasant Céline, je dirai : "Français, mettez un peu d’Infini dans vos assiettes".

Guernica, El tres de Mayo. Picasso et Goya témoins de leur temps ? Oui. Mais je ne suis pas un artiste engagé. Je suis adepte de l’art pour l’art.

Cependant, je pense que mes tableaux sont subtilement subversifs et offensifs dans la mesure où ils invitent au déchirement des voiles du Réel, au dépouillement, à la transmutation du regard.

Des valeurs aujourd’hui malmenées ou occultées. Je n’interroge pas, je ne bidouille pas avec les artefacts, je propose au regard un produit fini. 

Peindre, c’est ma façon de m’insurger et de rentre grâce, la beauté n’étant que le premier degré du terrible comme dit Rilke. Aujourd’hui, on viole, on torture et on ampute aux frontières de l’Europe, et ailleurs, partout ailleurs.

Et moi je peins des paysages ! Je suis impuissant. Je pense à René Daumal qui écrivait : "Je ne pourrai jamais être heureux tant que l’on passera à tabac un homme dans un commissariat", mais aussi à Cézanne, le peintre ascète : "On n’est jamais ni trop scrupuleux, ni  trop sincère, ni trop soumis à la nature".

Et encore, dixit Monet, : "Ce n’est pas tant la nature qui m’intéresse que les forces de la nature". Oui…Tandis que Claude Monet peint le cycle des nymphéas, à 200 bornes de Giverny on opère à cœur ouvert et on étripe la jeunesse des campagnes françaises. Mais le "Père la Victoire" qui est son ami, veut en découdre avec les Boches. Paul Eluard et Max Ernst se font face chacun dans leur tranchée et tirent à vue.

Et Monet continue de peindre, avec bien des difficultés, pendant ces 4 années de boucherie. Que faire d’autre ? Un peintre doit peindre. Pas plus. Mais il peut aussi se fourvoyer : quand Picasso adhère au PC en 1944, il légitime la chappe de plomb qui va s’abattre sur l’Europe de l’Est, les procès truqués, les purges, les goulags, le mur de Berlin, et il a le culot de fêter les 70 ans de Staline en lui offrant un dessin représentant un bras musclé et une main tenant un verre de vin, ainsi paraphé : "A ta santé Staline !". A ta santé Hitler, végétarien suceur de sang ! "Hitler ? Un petit agitateur sous Staline" comme le disait Louis Nucéra. Qui s’en offusque ? Personne ; c’est Picasso. Moi, je préfère l’humilité et l’humanité de Van Gogh écrivant à Théo : "Et puis, j'ai la nature et l'art et la poésie, et si cela n’est pas suffisant, qu'est-ce qui est assez ?"

J’ai fait ma révolution. Mes propos sont ceux d’un homme aux prises avec le réel, par Art. Bien des révolutions viendront, et des catastrophes et des horreurs, mais les tournesols de Van Gogh resteront à jamais comme les coups de hache du temps. Je suis du côté de Vincent.

 

En 2020 vous avez exposé au musée de Bagnères-de-Bigorre vos "Visions pyrénéennes", quelle est votre actualité en cet automne 2021 ?

J’accueille dans mon espace/atelier des curieux, des passionnés, des aficionados et des lunatiques. A voir et à y consulter : les parutions récentes sur mon travail, de petits travaux d’atelier, des dessins et des aquarelles sur parchemin made in confinement et une flopée de gravures. On me téléphone : 07 84 85 74 71 et on visite. Chez moi il y a toujours  "Matière"à voir et a échanger.

Avez-vous pu organiser des stages comme chaque été ?

Je me suis lassé des stages et des cours. Je ne suis pas une entreprise. En revanche, si quelque aquarelliste, jeune et motivé(e) s’adresse à moi, je suis disposé à l’aider à progresser, à "l’armer prodigieusement en guerre" comme dit  le poète.

Il faut savoir que le monde de l’aquarelle est un monde de passantes et de passants.

Quant à moi, "vers mon ciel du dedans j’ai replongé ma route"dixit Claude Nougaro. Et au diable les stages !

Comment se passent vos portes ouvertes ?

Elles sont ouvertes… Et  mes aquarelles sont démasquées !

Pouvez-vous me parler de vos projets artistiques ?

Je travaille sur un texte du poète Phippe Mac Léod, "Le poème de la montagne". Je vais réunir en portfolio des dessins et  des gravures jets d’encre pour illustrer ce texte inspiré. Encore un projet intimiste. Je suis condamné à la petite forme. Et j’ai repris mes travaux sur parchemin, "En nos corps de lumière", dans l’optique d’une expo à Paris à la galerie Hélène Nougaro.

Enfin, j’envisage une série sur la mort pour illustrer ce qui se passe là-bas, dans cet au delà si lointain et si proche à la fois.

En fait, je n’ai pas de projet, à part celui de peindre l’éternel présent, d’être et de dire, en me taisant. J’aimerais être un lac de montagne : les lacs sont les yeux et les bouches de la terre ; ils absorbent et reflètent le monde. 

J’ai passé plusieurs semaines dans la région de Quimper et j'ai découvert une richesse culturelle très diversifiée avec des expositions de portées internationales. Je suis toujours étonné que sur le territoire commingeois l'art (sous toutes ses formes) soit réduit à la portion congrue... Faites-vous le même constat que moi ? 

Oui !

Je ne suis pas compétent pour me prononcer sur la politique artistique et culturelle de la région Occitanie, mais je sais qu’en Midi-Pyrénées et sur tout le territoire national, car il s’agit d’un mouvement qui prend de l’ampleur, les institutions achètent des édifices religieux désacralisés pour y promouvoir les productions d’artistes en vogue. Les "Goebbels" de l’art contemporain y imposent leurs listes d’artistes intronisés.

Si je visite une église romane, c’est pour admirer son architecture, éventuellement m’y recueillir, pas pour me prendre les pieds dans le tapis de pendeloques ou d’accumulations de déchets prélevés la veille dans une décharge municipale.

Il y a l’Art, mais il y a aussi la manière.

C’est pourquoi j’apprécie les expositions de l’abbaye de l’Escaladieu qui respectent et valorisent le lieu, et proposent un parcours inspiré (on se souvient de l’expo avant Covid sur le thème de l’Arbre, magnifique !) : concerts dans l’église cistercienne, cimaises dans le corps de bâtiment mauriste datant du 17e et installations et sculptures dans les jardins. L’ensemble fonctionne. 

 Je n’ai pas visité les expos présentées au Château de la Réole.

A Saint-Bertrand de Comminges on est au top. Le bâtiment de l’ancienne gendarmerie propose des expos de haut niveau, mais on est ici dans le domaine de l’archéologie, du passé.

A Bagnères-de-Bigorre, le musée Salies de style Art-Déco, un peu vieillot, détient un fond exceptionnel d’aquarelles de Blanche Odin et s’est récemment enrichi de la donation Jean-Louis Morelle. Une démarche unique en France pour ce qui est de regrouper des génies français de l’aquarelle en un lieu muséal.

En revanche, le musée fonctionne en mode confidentiel, pépère, par manque de communication, ce qui est regrettable.

A Luchon, Charles Bagioli, homme de culture, propose chaque année de belles expositions. L’accrochage et les cartels sont dignes d’un musée mais le lieu, la Maison du Curiste, n’est pas à la hauteur de la proposition.

La Maison du Curiste n’est pas un centre culturel : on y fait du crochet, on y tape le carton. Idem pour la Maison des Associations, située place du marché et malencontreusement dénommée Centre Nelson Mandela (un célèbre poète gascon peut-être ?)

Les petits événements culturels qui s’enchainent au cours des saisons luchonnaises et dont se félicitent avec raison les élus d’hier et d’aujourd’hui, ne sont pas grand-chose. Ils sont nécessaires, indispensables même, mais n’ont pas de portée, Je parle ici d’événements culturels phare susceptibles d’attirer un vaste public.

A ce jour, ici, je ne vois rien de cet ordre hormis le Festival des Créations Télévisuelles de portée nationale .

Or, rien n’est possible sans une structure digne de ce nom. En tant qu’artiste et amateur d’art, je ne peux que souscrire au projet d’un musée multimédias au Centre Ramel, aujourd’hui en ruines, ou quasiment. Des pelouses où installer des sculptures, des salles pour accueillir les petits trésors de l’actuel petit musée dont l’inventaire a été récemment effectué, et ce fameux musée numérique dont j’ai entendu parler pendant la campagne électorale. Le concept est génial : tous les grands événements culturels prestigieux de la capitale et des grandes villes, expos parisiennes, théâtre, danse, proposés en virtuel à Luchon et à ses visiteurs. Plus des salles pour accueillir des expos temporaires. D’où l’idée d’expos d’Arts premiers, Papouasie et Afrique (la culture occitane populaire, béret et accordéon, ne présentant  guère d’intérêt pour moi ; elle manque de souffle, elle reste dans le bocal du local) pour attirer un vaste public. Dans la perspective d’un lieu sécurisé, avec gardiennage et systèmes de sécurité, un vrai bâtiment culturel, les collectionneurs et les musées accepteraient de prêter des œuvres et de les exposer. 

Il est sûr que les investisseurs du Ramel voudront récupérer leur mise et aligneront leurs exigences dès le départ en imposant leur vision de l’art et leurs listes d’artistes officiels.

Aux porteurs du projet Ramel d’avoir des convictions et une vision de l’art à contre-courant de l’idéologie dominante. 

Par exemple, Luchon est un creuset alchimique à ciel ouvert : le feu du soufre, l’eau qui jaillit de partout, le tellurique montagnard et l’air des alpages qui fouette le visage. Les artistes ont pour mission de canaliser ces forces, les sublimer, les exalter. Il y a là Matière à expositions de haut niveau.

Des artistes oui, mais par n’importe lesquels…

Musée ne rime plus avec poussière et vieilleries. La culture ça coûte mais ça rapporte aussi, beaucoup.

Sans ce musée, Luchon restera ce qu’il est actuellement, un désert culturel.

Quand ce musée verra le jour, à ce moment là, et à ce moment là seulement, Luchon deviendra un pôle culturel majeur et vous ne pourrez plus parler d’amateurisme.

Je vais vous citer deux exemples d’ingérence néfaste de type soi-disant culturel :

Un buste pour honorer la mémoire de Francisque Poulbot (1879-1946), haute figure montmartroise et mondialement connu pour ses croquis de "titis parisiens" quoi de plus normal.

C’est pourquoi, en 2011, Jean-Claude Gouvernon, vice-président de l'association "Les amis de Poulbot" et ministre éminent de la République de Montmartre, souhaite installer un buste en bronze de Poulbot, œuvre de la sculptrice Agnès Rispal, sur la voie publique, à l'angle des rues Cortot et Du Mont-Cenis.

La procédure est lancée dès avril 2010. L'architecte du patrimoine donne son accord. La mairie de Paris aussi, à la condition de lancer un appel à projets : attention danger… Pour les amis de Poulbot qui n’ont aucune envie de se retrouver avec une sculpture "abstraite" c’est non ! Le buste ne sera pas installé à l’emplacement prévu à l’origine, mais dans les jardins du musée de Montmartre et inauguré officiellement le 27 octobre 2012. Demi victoire mais bel exemple de résistance.

Plus proche de nous dans l’espace et dans le temps, mais tout aussi affligeant :

Il  y a 4 ans, je suis invité à assister au CNM de Luchon, place du marché, au vernissage de l’exposition "La montagne sous la montagne sans la montagne mais avec la montagne aussi, transversalité de la montagne", je cite de mémoire, un titre bien alambiqué, car dire montagne, tout simplement eut été trop facile, pas assez intello pour les organisateurs.

Au sol, des voiles, des cordages, des cailloux. Aux murs, des photos de bidons d’huile de vidange et de femmes nues avachies sur des blocs, près d’un torrent. Elle est où la montagne, elle est où ?

La commissaire d’exposition venue tout spécialement de Saint-Gaudens pour nous éduquer décline devant les invités bouches bées, le concept de l’expo auquel personne ne comprend rien et pour cause : elle égrène les poncifs de l’art d’aujourd’hui, un chapelet d’inepties.

Charles Bagioli qui n‘est pas dupe, me jette un regard complice ; on est dans l’esbroufe totale. Mon voisin, le responsable local de la Croix Rouge (au secours !) s’inquiète : "Mr Estrade, je ne comprends pas". Je le rassure il n’y a rien à comprendre, nous sommes en pleine imposture. On nous propose alors d’en rajouter une couche en écoutant les "explications" des exposants, chacun devant tour à tour commenter son œuvre, pardon, son travail car il faut savoir que le terme d’œuvre est depuis longtemps prohibé ; on a uniquement le droit de parler d’œuvre et d’Œuvre complet quand l’artiste est mort et, reconnu. bien sûr. Au boulot les mecs ! Une jeune artiste prend la parole, un peu émue : "Alors voilà, j’ai pensé que c’était rigolo de…" Ah oui… L’art c’est rigolo, bien sûr, tu as tout compris. Je me casse et mes amis aussi. Nous en avons assez entendu. Au revoir et merci les apparatchiks de l’art contemporain. C’est dommage, on rate le buffet, le seul lieu intéressant dans ce genre d’expo. 

Voilà à quoi Luchon devra échapper s’il souhaite promouvoir  une vraie politique culturelle.

Enfin et toujours en mode scandale, je vais vous relater ce qui s’est produit récemment à l’école des Beaux-Arts de Toulouse dixit encore Christine Surgins dans "Artension" de septembre-octobre (décidément, j’aime beaucoup cette revue). Je cite :

"Ce qui se passe à l’école des bx-arts de Toulouse est un bon exemple de la France qui perd. Qui perd son savoir-faire, qui perd la face (la Chine en rigole) et s’en délecte :

Prenez un atelier de gravure remontant à 1868, un atelier qui marche. Il reçoit une centaine d’étudiants par an et à la suite des premiers contrat ERASMUS signés dès 1986, on y accourt de toute la communauté européenne. Attendez pour le saborder que son dynamique animateur parte à la retraite en octobre 2020 et là, agissez sans mollir. La spécificité d’une école d’art devrait  être la diversité des pratiques afin que les étudiants disposent d’un maximum de moyens d’expression. C’est pourquoi, il y a 15 ans l’atelier de céramique a été cassé à la masse, puis l’atelier de lithographie déboulonné et maintenant la gravure y passe. Cela fait longtemps que les écoles des bx-arts en France ne méritent plus leur nom : ce sont des écoles d’art contemporain, on y apprend le marketing, le management, la Com, à se faire un carnet d’adresses, à copiner utile. Place à l’artiste postmoderne qui ne sait rien faire de ses mains et le fait savoir, qui n’a rien à dire et le dit très bien, ou qui répète les thèmes porteurs à la mode, moins bien que les journalistes mais pour beaucoup plus cher. Pour lui, l’art, le vrai, commence avec le dadaïsme et la culture est un plat qui se mange show, la pédagogie a fait son temps. Gravure ?Céramique ? Litho ? Cachez ces burins, cette encre et cette terre que je ne saurais voir ! Des étudiants aux mains coupées mais à la langue bien pendue, c’est assez pour jouer les utilités du divertissement de masse.

La Chine qui s’éveille alors que la France s’endort, vient chercher en Europe pour enseigner chez elle les derniers virtuoses de l’enseignement de la gravure, telle Ingrid Ledent, professeur de l’Académie d’Anvers. Y aura-t-il un ou une ministre suffisamment transgresseur ou fine mouche pour relocaliser l’Art (et le Beau en prime) dans nos écoles ?"

La question mérite d’être posée, en effet.

Nous vivons dans une société où les artistes sont désœuvrés, au sens où l’entend la philosophe Francoise Bonardel, des "des-œuvrés" ! Nos jeunes artistes sont les jeunes ruines de l’Extrême Occident.

"J’ai assis la Beauté sur mes genoux, disait Rimbaud, et je l’ai injuriée !" Puis il s’est ravisé : "Je sais aujourd’hui saluer la Beauté". Eux non. On en est encore là, hélas, et las.

Le site de Daniel Estrade (cliquez ici)

Dans la maison des morts. Dague de danse du village de Tambanum. 23/46 cm. Aquarelle sur vélin (© Daniel Estrade)

Dans la maison des morts. Dague de danse du village de Tambanum. 23/46 cm. Aquarelle sur vélin (© Daniel Estrade)

Dague en os, région de Maprik, et écrevisse fossile. 30/40 cm. Aquarelle sur vélin (© Daniel Estrade)

Dague en os, région de Maprik, et écrevisse fossile. 30/40 cm. Aquarelle sur vélin (© Daniel Estrade)

(Photos © Daniel Estrade)

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